Alpinistes progressant dans les cannelures de glace (ice flutes) verticales sur la face sud-ouest de l'Alpamayo au Pérou

Les « Ice Flutes » en alpinisme : Formation et techniques d’ascension

Dans l’imaginaire de l’alpiniste, certaines faces mythiques comme celle de l’Alpamayo au Pérou évoquent immédiatement des structures de neige et de glace uniques au monde : les Ice Flutes (cannelures de glace). Ces formations verticales, qui ressemblent aux tuyaux d’un orgue géant ou à un rideau drapé, sont des merveilles géologiques mais aussi des défis techniques redoutables. On les trouve principalement dans les Andes et l’Himalaya, là où les conditions climatiques spécifiques sculptent la montagne. Comment se forment-elles et, surtout, comment les grimpe-t-on sans s’épuiser ?

Les infos à retenir

  • 🏔️ Localisation : Phénomène typique des hautes altitudes tropicales (Cordillère Blanche au Pérou), dû à un fort ensoleillement vertical et à l’air sec.
  • ⛏️ La technique : L’ascension demande une gestuelle particulière, souvent en écart (stemming) entre deux cannelures, différente de la cascade de glace classique.
  • 🛡️ Protection : Assurer dans des Ice Flutes est complexe. La neige y est souvent inconsistante (neige polystyrène) et demande des ancres à neige ou des « deadman » plutôt que des broches.
  • ☀️ Formation : Elles ne sont pas créées par le vent, mais par la sublimation et la fonte différentielle de la neige sous l’action du soleil.

La formation : Le travail du soleil et de la gravité

Contrairement aux vagues de neige formées par le vent (sastrugi), les Ice Flutes sont le résultat d’un processus thermique et gravitaire.
Elles se forment sur des pentes raides (50° à 70°). Lorsque le soleil frappe la face, il fait fondre ou sublimer la neige de manière inégale. L’eau de fonte ruisselle dans de petits sillons, creusant des rigoles verticales.
La nuit, le gel fige ces rigoles. Jour après jour, les crêtes s’accentuent et les sillons se creusent, créant ces tubes verticaux parfaits. Ce phénomène est accentué sous les tropiques (Pérou, Bolivie) où le soleil est haut et l’amplitude thermique forte.

Différence avec les Pénitents

Il ne faut pas confondre les Ice Flutes (sur pentes raides) avec les Pénitents de neige (sur terrain plat ou modéré). Les pénitents sont des lames de glace dressées vers le soleil, souvent infranchissables. Les flutes, elles, sont des goulottes plaquées contre la paroi, que l’on peut escalader.

Technique d’ascension : L’art du « Stemming »

Grimper une face rayée de cannelures demande une adaptation.
Si la cannelure est large, l’alpiniste grimpe au fond du sillon (goulotte). Mais souvent, les arêtes sont étroites et la neige au fond est poudreuse ou pourrie.
La technique la plus efficace consiste souvent à grimper à cheval sur une arête ou en écart (stemming), un pied sur le flanc d’une cannelure, l’autre pied sur la cannelure voisine.

  • Piolets : On ne frappe pas toujours. On crochète souvent le haut de l’arête de glace consolidée.
  • Crampons : Le « monopointe » est roi ici pour pivoter et chercher des appuis précis sur les flancs glacés des tubes.

Le casse-tête de l’assurance

C’est le point noir de ces ascensions. La structure des Ice Flutes est souvent trompeuse. De loin, cela ressemble à de la glace béton. De près, c’est souvent une neige aérée, recristallisée, qui n’accepte pas les broches à glace (qui tournent dans le vide).
Pour se protéger, l’alpiniste doit souvent creuser profondément pour trouver de la glace dure, ou utiliser des pieux à neige (snow pickets) longs de 60 à 90 cm, enfoncés verticalement dans l’axe de la cannelure. Parfois, la seule sécurité est « psychologique », obligeant à des longueurs engagées sans point fiable sur 50 mètres.

L’avis de l’expert : Guide de Haute Montagne (Andes)

« L’Alpamayo est la plus belle montagne du monde grâce à ses flutes, mais attention à l’horaire. Ces structures sont vivantes. Dès que le soleil tape la face, des chutes de glace et de pierres (qui dévalent les toboggans naturels que sont les flutes) bombardent les grimpeurs. Il faut partir très tôt (minuit) et sortir au sommet avant 9h ou 10h du matin impérativement. »

Un défi esthétique majeur

Escalader des Ice Flutes est une expérience visuelle unique. La géométrie parfaite des lignes fuyantes sous les pieds donne une sensation de vertige et de profondeur incroyable. C’est l’alpinisme dans sa forme la plus artistique, mais réservé aux pratiquants confirmés capables de gérer une neige technique et changeante.


Foire Aux Questions (FAQ)

🌍 Où voir les plus belles Ice Flutes ?

La Cordillère Blanche au Pérou est la Mecque : l’Alpamayo, l’Artesonraju ou le Huascaran en sont couverts. On en trouve aussi en Himalaya (Ama Dablam) ou en Nouvelle-Zélande.

❄️ Est-ce de la glace ou de la neige ?

C’est un hybride. C’est souvent de la « neige couic » (névé durci) ou de la glace aérée. C’est plus tendre que la glace de cascade, ce qui rend la progression physique moins fatiguante pour les mollets, mais l’ancrage plus délicat.

⛏️ Quel matériel spécifique emporter ?

En plus des piolets techniques et crampons, prévoyez 2 ou 3 pieux à neige (pickets) par cordée. Les broches à glace classiques ne servent souvent à rien sauf si vous touchez la glace noire sous-jacente.

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