Dans le monde de l’alpinisme, les Grandes Jorasses (4 208 m) résonnent comme un nom sacré. Située dans le massif du Mont-Blanc, cette montagne frontière entre la France et l’Italie fait partie de la célèbre trilogie des « Trois dernières faces Nord des Alpes » (avec le Cervin et l’Eiger). Mais au-delà de la légende, quelle est la difficulté réelle de ce sommet ? Est-il accessible à un bon alpiniste amateur ou réservé à l’élite ? La réponse dépend radicalement de l’itinéraire choisi : la Voie Normale est une course complexe et dangereuse, tandis que la Face Nord est un exploit d’ampleur extrême.
Les infos à retenir
- ⛰️ La Face Nord (Walker) : C’est l’extrême. Cotée ED- (Extrêmement Difficile), elle demande 1200m d’escalade mixte, glace et rocher, réservée aux experts confirmés.
- 🇮🇹 La Voie Normale (Sud) : Cotée AD (Assez Difficile), elle part d’Italie. Bien que techniquement moins dure, elle est exposée aux chutes de pierres et de séracs. Ce n’est pas une « rando ».
- ❄️ L’engagement : Quel que soit le versant, la retraite est compliquée. C’est une montagne austère et sauvage où les secours peuvent mettre du temps à arriver.
- 🧱 Le rocher : La qualité du rocher est variable (parfois médiocre sur la voie normale), demandant un pied alpin très sûr pour ne pas parpiner.
La Voie Normale (Versant Italien) : Faussement facile ?
L’accès « le plus simple » se fait par le versant sud, depuis le Val Ferret italien (Refuge Boccalatte).
La cotation officielle est AD (Assez Difficile). Sur le papier, cela semble accessible.
Cependant, la réalité du terrain est rude :
- Chutes de pierres : L’itinéraire, notamment sous le Reposoir et le Rocher du Whymper, est tristement célèbre pour ses chutes de pierres, surtout avec le réchauffement climatique qui déstabilise le permafrost.
- Séracs : Il faut traverser des zones sous la menace de séracs suspendus (glaciers). Il faut aller vite.
- Dénivelé : L’ascension depuis le refuge est longue et demande une endurance physique énorme pour tenir l’horaire et redescendre avant que la neige ne transforme trop.
Ce n’est pas une course d’initiation. Elle est réservée aux alpinistes autonomes ayant déjà une grosse expérience de l’Oisans ou du Mont-Blanc.
La Face Nord : Le mur des légendes
C’est celle qui fait rêver et trembler. Un mur vertical de granite et de glace de 1200 mètres de haut sur 1 km de large.
L’itinéraire le plus célèbre est l’Éperon Walker (Voie Cassin).
- Difficulté : VI/A1 en rocher, glace à 60-70°, mixte délicat. Il faut bivouaquer dans la face ou être un « mutant » de vitesse.
- Le Linceul : Une pente de glace immense et monotone, exposée, qui demande des mollets d’acier et un mental à toute épreuve.
S’attaquer à la Nord des Jorasses n’est pas une « étape suivante » après le Mont-Blanc. C’est un aboutissement de carrière pour un amateur, nécessitant des années de préparation technique.

La Traversée des Arêtes (Rochefort – Jorasses)
Une autre manière grandiose d’atteindre le sommet est la traversée depuis l’Aiguille de Rochefort.
C’est une course d’arête magnifique, très longue (souvent avec bivouac au refuge bivouac Canzio au Col des Jorasses).
La difficulté est D (Difficile). L’engagement est total. Il faut savoir grimper en « grosses » (chaussures de montagne) dans du IV/V et évoluer sur des arêtes de neige effilées comme des lames de couteau. La longueur de la course (plus de 10-12h d’effort) est la principale difficulté.
L’avis de l’expert : Guide de Haute Montagne (Chamonix)
« Les Jorasses, c’est la montagne des alpinistes, pas des touristes. Même la voie normale est ‘paumatoire’ et dangereuse. Il n’y a pas de trace comme au Mont-Blanc. Il faut avoir le ‘sens de l’itinéraire’. Si vous vous perdez dans la descente du versant italien, vous finissez dans des couloirs qui ne débouchent pas. C’est une montagne sérieuse qui ne pardonne pas l’impréparation, surtout avec la chaleur actuelle qui fait tomber des pierres. »
Quand tenter l’ascension ?
Les conditions dictent tout.
- Voie Normale : Juillet et août, mais attention aux canicules qui rendent le rocher instable.
- Face Nord : Automne ou hiver souvent, pour avoir des conditions de mixte (glace/neige) stables et moins de chutes de pierres, bien que les journées soient courtes et froides.
Foire Aux Questions (FAQ)
💪 Est-ce plus dur que le Mont Blanc ?
Infiniment plus dur. Le Mont Blanc par la voie normale est une longue marche (PD-). Les Grandes Jorasses par la voie normale (AD) demandent de l’escalade facile mais exposée et une gestion du risque glaciaire et rocheux bien supérieure. Ce n’est pas le même sport.
🏠 Y a-t-il un refuge au sommet ?
Non. Le sommet (Pointe Walker) est une arête étroite. Le refuge le plus proche est Boccalatte (2804m) côté italien, très bas. Il y a un petit bivouac de secours (Bivouac E. Canzio) au col des Jorasses, mais il est minuscule et difficile d’accès.
🧗 Faut-il un guide ?
Oui, sauf si vous êtes un alpiniste autonome confirmé avec une liste de courses (CV montagne) solide. Pour la Face Nord, même avec un guide, il faut un niveau technique excellent et le guide sélectionnera son client drastiquement.









