Tracé dans le sillage de l’écrivain écossais Robert Louis Stevenson, qui l’a parcouru en 1878 en compagnie de son irascible ânesse Modestine, le GR70 est devenu l’un des sentiers de grande randonnée les plus prisés de France. S’étirant sur environ 272 kilomètres du Monastier-sur-Gazeille (Haute-Loire) jusqu’à Saint-Jean-du-Gard, ce périple traverse quatre territoires au caractère trempé : le Velay, le Gévaudan, le Mont Lozère et les Cévennes. Face aux sublimes photographies de ces paysages sauvages, de nombreux marcheurs se lancent dans l’aventure. Mais une question centrale s’impose lors de la préparation : quelle est la véritable difficulté du chemin de Stevenson ?
Il serait trompeur de considérer cet itinéraire comme une simple balade bucolique. Bien qu’il ne comporte aucune difficulté technique de type alpinisme (pas d’escalade ni de passages vertigineux avec cordes), c’est une marche de moyenne montagne exigeante. La topographie en « dents de scie », les conditions météorologiques extrêmement changeantes des hauts plateaux et la rudesse des sentiers caillouteux cévenols mettent les organismes à rude épreuve.
Ce qu’il faut retenir
- ⛰️ Un dénivelé « casse-pattes » : Le parcours cumule près de 7 500 mètres de dénivelé positif et autant en négatif. Les montées et descentes sont incessantes, usant particulièrement les genoux.
- 🌡️ Les extrêmes climatiques : Vous pouvez affronter le gel et le brouillard glacial au sommet du Mont Lozère (1699m) et suffoquer sous une chaleur caniculaire à plus de 35°C dans les vallées cévenoles.
- 🥾 Aucune technique requise : Le sentier est large et bien balisé (traits blanc et rouge). Il ne nécessite aucun équipement technique d’alpinisme, mais exige de très bonnes chaussures de trekking.
- 🎒 Le poids du sac, véritable ennemi : La principale difficulté ressentie par les randonneurs vient d’un sac à dos trop lourd. Le recours au portage de bagages (par âne ou transporteur) change radicalement la donne.
Une topographie vallonnée et contrastée
Pour évaluer la difficulté du chemin de Stevenson, il faut découper le tracé. Le parcours ne présente pas une difficulté linéaire ; il va crescendo à mesure que l’on s’enfonce vers le Sud.
La première partie traverse le Velay volcanique et le nord du Gévaudan (de Le Monastier à Langogne). C’est une mise en jambes idéale. Les sentiers serpentent entre les champs, les forêts de pins et les petits ruisseaux. Les dénivelés sont doux et la progression est fluide.
La rupture s’opère à partir de la station thermale de Bagnols-les-Bains. Le sentier attaque les pentes du Mont Lozère, le point culminant de l’épopée au sommet de Finiels (1 699 mètres d’altitude). L’ascension est longue, souvent ventée, traversant des paysages de landes pelées parsemées de blocs de granit (chaos rocheux).
Enfin, la dernière partie, la descente dans le Parc National des Cévennes (de Florac à Saint-Jean-du-Gard), est paradoxalement la plus redoutée. Le sentier historique suit d’anciennes drailles muletières raides, tapissées de gros cailloux instables. Ces longues descentes (notamment vers Pont-de-Montvert) martèlent les articulations et provoquent de nombreuses ampoules si le pied glisse dans la chaussure.

L’exigence de la logistique et de la météo
Ce GR est réputé pour la sauvagerie de ses territoires. La densité de population y est extrêmement faible, ce qui implique une logistique sans faille.
Contrairement aux chemins de Compostelle (Camino Francés) où l’on trouve une épicerie tous les 5 kilomètres, le Stevenson offre peu de points de ravitaillement en eau et en nourriture lors des étapes en altitude. Vous devez porter une réserve d’eau conséquente (minimum 2 litres par jour), ce qui alourdit le sac à dos.
De plus, la météo est capricieuse. Le Mont Lozère est la frontière climatique entre l’influence océanique au nord et méditerranéenne au sud. Au printemps ou à l’automne, il n’est pas rare de marcher dans la neige fondue sur les crêtes, sous des rafales de vent épuisantes (la burle), avant de subir des orages d’une violence extrême en fin de journée, typiques de la région cévenole (épisodes cévenols). L’équipement vestimentaire doit donc combiner le système des trois couches pour affronter les quatre saisons en une seule semaine.
Tableau : Évaluation de la difficulté par sections majeures
| Secteur du GR70 | Kilométrage approx. | Niveau de difficulté physique | Nature du terrain |
|---|---|---|---|
| Le Velay (Monastier → Langogne) | 65 km | Faible à Modérée. | Chemins de terre, agricoles, pentes douces. |
| Le Gévaudan (Langogne → Le Bleymard) | 60 km | Modérée. | Sous-bois, chemins forestiers, premières belles côtes. |
| Mont Lozère (Le Bleymard → Florac) | 35 km | Élevée (Montée longue, Météo hostile). | Landes rocailleuses exposées, forte descente empierrée. |
| Les Cévennes (Florac → St-Jean-du-Gard) | 110 km | Élevée (Dénivelé cassant, Chaleur). | Sentiers très caillouteux, dénivelé positif et négatif abrupt. |
L’avis de l’Accompagnateur en Moyenne Montagne
« L’erreur fatale sur le Stevenson, c’est de regarder le kilométrage plat sur une carte et de se dire ‘Je fais 25 km en 5 heures dans la forêt de Fontainebleau, je ferai pareil ici’. Le profil cévenol casse le rythme de marche en permanence. Entre les cailloux roulants sous les pieds et la pente qui vous oblige à contracter les cuisses pour freiner à la descente, une étape de 20 kilomètres vous prendra facilement 7 à 8 heures d’effort continu. Mieux vaut prévoir 12 ou 14 jours de marche que d’essayer de boucler le parcours en 10 jours et de finir sous anti-inflammatoires. »
Préparation physique : L’art de l’endurance
Pour que le mythe de Stevenson reste un plaisir littéraire et non une souffrance orthopédique, la préparation est obligatoire. Si vous êtes un marcheur occasionnel, un entraînement spécifique s’impose deux mois avant le départ.
- Habituez votre corps au dénivelé : marchez sur des terrains accidentés, montez des escaliers, et surtout, faites des randonnées d’entraînement en portant le poids exact du sac que vous aurez sur le GR (idéalement moins de 10 kilos, soit 15 % de votre poids corporel).
- Testez votre matériel en conditions réelles : les chaussures de randonnée (à tige moyenne ou haute pour protéger les chevilles des rochers cévenols) doivent être impérativement « cassées » avant le départ pour éviter les ampoules destructrices.
Aborder ce célèbre tracé demande donc une grande humilité face à la topographie du Massif central. La beauté poétique des forêts de châtaigniers et l’immensité silencieuse des plateaux de granit se méritent. En ajustant le découpage de vos étapes à votre condition physique (quitte à raccourcir les journées) et en gérant judicieusement le poids de votre barda, vous transformerez l’exigence physique de la marche en un puissant levier de déconnexion mentale.
Foire Aux Questions (FAQ)
Est-il possible de faire le Stevenson avec un âne comme l’auteur ?
Oui, c’est même la grande spécificité de ce GR ! De nombreux loueurs d’ânes sont implantés tout au long du parcours. L’âne porte vos bagages (jusqu’à 30 ou 40 kg), ce qui soulage immensément votre dos et réduit la difficulté physique de l’épreuve. C’est idéal pour les familles avec enfants. Cependant, marcher avec un animal exige de la patience, nécessite de le nourrir, de le brosser, et de s’adapter à son rythme (qui ne dépasse pas 3 à 4 km/h).
Y a-t-il des services de transport de bagages sur le GR70 ?
Absolument. Devant le succès du chemin, plusieurs compagnies de navettes et de taxis (comme La Malle Postale ou Transbagages) proposent de transférer votre gros sac à dos ou votre valise d’un hébergement à un autre, chaque jour. Vous ne marchez ainsi qu’avec un petit sac léger contenant l’eau, le pique-nique de midi et une veste de pluie. Cela rend le parcours accessible à un public beaucoup moins sportif ou plus âgé.
Quelle est la meilleure période de l’année pour s’y lancer ?
Les saisons idéales sont la fin du printemps (de la mi-mai à la fin juin) et le début de l’automne (septembre et début octobre). En mai et juin, la nature est verdoyante et les genêts sont en fleur, mais les nuits peuvent être encore très froides sur le Lozère. Les mois de juillet et août sont à éviter si possible : la fréquentation est maximale (gîtes complets) et la chaleur qui s’accumule dans les fonds de vallées schisteuses des Cévennes rend la marche extrêmement pénible et éprouvante.









