Le premier réflexe du voyageur qui arrive en Tunisie, c’est de chercher un taxi à la sortie de l’aéroport. Mauvaise idée dans la plupart des cas. Le réseau de transport tunisien mélange des options très différentes (louages, trains, TGM, bus SNTRI, VTC, location de voiture) et chacune correspond à un usage précis. Se tromper de moyen de transport pour un itinéraire donné coûte du temps, de l’argent, ou les deux.
Ce guide passe en revue chaque option avec les prix réels, les trajets où elles fonctionnent, et ceux où elles déçoivent

Le louage, transport collectif que tous les Tunisiens connaissent
Le louage est un taxi collectif qui part quand il est plein, en général 5 à 8 passagers selon le véhicule. Il relie les grandes villes entre elles sur des trajets fixes, à des prix fixes et inférieurs au taxi individuel. C’est le moyen de transport inter-urbain le plus utilisé par les Tunisiens, et l’un des plus efficaces pour les voyageurs qui savent s’en servir.
Stations de louages à Tunis, Sfax et Sousse : où les trouver
Chaque ville a sa gare de louages, souvent distincte de la gare routière des bus. À Tunis, la gare principale pour les louages du Sud est Bab Alioua, dans le quartier de la Medina. Pour les destinations du Nord (Bizerte, Tabarka), c’est Bab Saadoun. À Sfax, les louages partent de la place Souk El Djemaa. À Sousse, la gare de louages jouxte la gare ferroviaire, ce qui facilite les correspondances.
Arriver tôt le matin garantit un départ rapide : les louages tournent dès 6h et les premières heures sont les plus fréquentées. En début d’après-midi, comptez parfois 45 minutes d’attente sur les trajets moins demandés.
Prix et itinéraires : Tunis–Hammamet, Tunis–Monastir, Tunis–Djerba
Le tarif Tunis–Hammamet tourne autour de 7 à 9 DT par personne (2 à 2,50 €), pour 60 km et 1h15 de trajet en moyenne. Tunis–Monastir revient à 13 à 16 DT, soit 3,50 à 4,50 €, pour 160 km. Le trajet Tunis–Djerba en louage direct est long (environ 7h) et peu confortable. La plupart des voyageurs préfèrent couper le trajet : un louage jusqu’à Sfax, puis un second jusqu’à Djerba via Médenine.
Ces prix sont stables et affichés en gare. Le tarif par siège ne se négocie pas : c’est une des rares situations où l’arnaque est structurellement impossible en louage inter-urbain.
Arnaques fréquentes en louage : ce qu’il faut savoir avant de monter
La principale arnaque n’est pas sur le prix, mais sur le type de trajet. Certains conducteurs proposent un « louage taxi » individuel au prix affiché pour un collectif, sans préciser que le véhicule partira seul, à la demande. Vérifiez toujours qu’il s’agit d’un départ collectif avant de vous installer.
Autre point : sur certains axes touristiques (Hammamet, Djerba), des intermédiaires abordent les voyageurs avant l’entrée de la gare pour proposer des « places » dans des louages déjà pleins. En réalité, ce sont des taxis privés au tarif majoré. La règle est simple : achetez votre place au guichet ou auprès du conducteur, à l’intérieur de la gare.
Taxis en Tunisie : pratiques en ville, insuffisants pour les distances
Le taxi est utile pour les déplacements urbains courts, moins de 20 km, à l’intérieur d’une ville ou vers une destination précise sans correspondance. Au-delà, le louage ou la location de voiture est plus adapté.
Taxis jaunes, taxis blancs et VTC à Tunis : les différences
À Tunis, les taxis jaunes sont les taxis urbains officiels, équipés d’un compteur. Ils ne circulent qu’à l’intérieur du Grand Tunis. Les taxis blancs sont les taxis interurbains, avec un tarif au km supérieur. Les VTC (Bolt principalement, présent à Tunis depuis 2019) affichent le prix avant la course, ce qui règle la question du compteur.
Pour relier l’aéroport de Tunis-Carthage au centre-ville, la course en taxi jaune tourne autour de 8 à 12 DT avec compteur. Comptez 15 à 25 minutes selon la circulation sur la route de la Marsa.
Arnaques en taxi : compteur coupé, prix fixe imposé, faux guides
Les arnaques en taxi à Tunis touchent principalement les voyageurs à la sortie de l’aéroport et autour des zones touristiques (Carthage, Sidi Bou Saïd, la Medina). Les trois formes les plus courantes :
- Le compteur « en panne », remplacé par un prix fixe annoncé avant de monter, toujours supérieur au tarif réel.
- Le détour volontaire pour gonfler la course, surtout sur le trajet aéroport.
- Le « guide » proposé spontanément en cours de route, avec commission sur les achats.
Exigez le compteur avant de monter. Si le conducteur refuse, prenez le suivant ou ouvrez Bolt. À Sidi Bou Saïd ou La Marsa, les VTC sont la solution la plus simple.
Le train en Tunisie (SNCFT) : pas cher, mais les horaires sont aléatoires
Le réseau ferroviaire tunisien est géré par la SNCFT (Société Nationale des Chemins de Fer Tunisiens). Il couvre principalement l’axe côtier nord-est et quelques liaisons vers le centre du pays. Le prix est faible (Tunis–Sousse en 2e classe coûte environ 8 DT, soit 2,20 €), mais la ponctualité varie beaucoup d’une ligne à l’autre.
La ligne Tunis–Sousse–Monastir–Mahdia : la plus fiable pour les voyageurs
C’est l’axe qui fonctionne le mieux. La ligne relie Tunis à Sousse en environ 2h, avec des trains toutes les heures en journée. Elle se prolonge jusqu’à Monastir (2h30) et Mahdia (3h). Les gares sont bien placées dans chaque ville, et les trains sont généralement à l’heure sur cet axe du Sahel. Pour un voyageur qui se déplace entre ces quatre villes sans voiture, c’est le meilleur compromis entre prix, confort et régularité.
Tozeur et le Sud tunisien en train : pas vraiment possible sans voiture
La SNCFT dessert Tozeur depuis Sfax, mais les horaires sont limités à 1 ou 2 allers-retours par jour, avec des retards fréquents. Et surtout, une fois à Tozeur, aucun transport en commun ne permet d’atteindre Chebika, Tamerza, ou les zones sahariennes autour de Douz. Même constat pour Ksar Ouled Soltane et les ksour du Sud : ces sites se trouvent sur des pistes ou des routes secondaires que ni les bus ni les louages ne desservent régulièrement. Pour explorer le Sud tunisien à son rythme, la voiture de location est la seule option réaliste.

TGM, métro léger et bus : se déplacer dans le Grand Tunis
Pour les déplacements à l’intérieur de la capitale et de ses banlieues proches, trois réseaux urbains coexistent.
Le TGM : Tunis–La Marsa–Sidi Bou Saïd en bord de mer
Le TGM (Tunis-Goulette-Marsa) est un train de banlieue qui longe la côte nord du golfe de Tunis. Il part de la station Marine, à deux pas de la Medina, et rejoint La Marsa en 40 minutes. L’arrêt Sidi Bou Saïd se trouve à 5 minutes à pied du village. Le billet coûte 0,60 DT. C’est le moyen le plus simple pour visiter Carthage et Sidi Bou Saïd sans voiture, avec un passage toutes les 15 à 20 minutes en semaine.
Bus SNTRI inter-villes : le moins cher, mais lent
Les bus de la SNTRI relient Tunis à la plupart des villes du pays, y compris Nabeul, Sfax et Djerba. Le prix est le plus bas du marché (Tunis–Djerba en bus coûte environ 22 DT), mais le trajet dure 8 à 9h contre 7h en louage, avec moins de flexibilité sur les horaires. Le bus convient aux voyageurs avec un budget très serré et sans contrainte de temps. Pour les autres, le louage ou la location de voiture reste plus efficace.
Le métro léger de Tunis (géré par la Transtu) dessert le centre et quelques quartiers périphériques. Il est utile pour rejoindre la gare de Tunis depuis certains quartiers, mais sa couverture reste limitée pour un voyageur qui ne connaît pas la ville.
Location de voiture en Tunisie : ce que ça change concrètement
Louer une voiture en Tunisie ouvre l’accès à tout ce que les transports en commun ne couvrent pas. Le Sud du pays, les oasis, les sites archéologiques éloignés des axes ferroviaires, les plages hors des zones hôtelières : sans voiture, ces endroits sont soit inaccessibles, soit épuisants à atteindre. Même sur les trajets côtiers, la voiture permet de s’arrêter à Nabeul, longer le cap Bon, ou rejoindre Mahdia par la petite route côtière sans dépendre d’un louage qui repart dans la minute.
Récupérer sa voiture à l’aéroport de Tunis-Carthage, Monastir, Djerba ou Enfidha
Les 4 aéroports internationaux tunisiens disposent de comptoirs de location : Tunis-Carthage, Monastir Habib Bourguiba, Djerba-Zarzis et Enfidha-Hammamet. Récupérer la voiture directement à l’aéroport évite un premier trajet en taxi ou en louage pour rejoindre une agence en ville. Sur Djerba ou Enfidha, où les transports depuis l’aéroport sont peu pratiques, c’est d’autant plus utile. Vérifiez que la prise en charge aéroport est incluse dans le tarif : certaines agences facturent un supplément « airport fee » de 10 à 20 €.
Louer à une agence avec flotte propre : pourquoi c’est différent
La plupart des comparateurs de location en Tunisie redirigent vers des intermédiaires qui sous-traitent à des agences locales, parfois inconnues, avec des flottes vieillissantes et des conditions de restitution floues. Une agence qui gère sa propre flotte, comme Drivo Tunisie (prise en charge aux 4 aéroports du pays, réservation en ligne avant le départ), s’occupe directement de ses véhicules, de la maintenance et du contrat. En cas de panne, c’est elle qui intervient, pas un centre d’appel à l’étranger. La différence se voit surtout quand on roule vers des zones isolées comme le Sud ou le Cap Bon : un véhicule bien entretenu et un contact direct avec l’agence, ça compte.
Documents obligatoires : permis de conduire, assurance, carte grise
Pour louer et conduire en Tunisie, un permis de conduire national suffit pour les ressortissants français, belges, suisses et canadiens. Le permis international n’est pas exigé. Le contrat de location inclut obligatoirement une assurance responsabilité civile de base. Demandez à vérifier que l’assurance couvre les dommages aux tiers et, si possible, le vol et la casse partielle. La carte grise du véhicule doit être dans la boîte à gants : les forces de l’ordre tunisiennes la contrôlent régulièrement.
Roue de secours, pneumatiques et vérification du véhicule avant départ
Avant de quitter l’agence, vérifiez 4 points : l’état des pneumatiques (usure et pression), la présence d’une roue de secours en bon état dans le coffre, le niveau d’essence, et le fonctionnement des feux. Sur les routes du Sud tunisien, les stations-service sont espacées de 50 à 80 km sur certains axes. Une roue crevée sans roue de secours, ou un plein oublié, peut devenir un vrai problème. Prenez des photos des égratignures existantes avant de signer l’état des lieux.

Conduire en Tunisie : code de la route, autoroutes et stationnement
La conduite en Tunisie demande un temps d’adaptation. Le code de la route ressemble au code français sur le fond, mais la pratique est différente. Les klaxons servent de signal de dépassement ou d’alerte, pas d’agressivité. C’est une convention locale à intégrer vite pour ne pas mal interpréter les comportements sur la route.
Limitations de vitesse et excès de vitesse : les règles à connaître
Les limitations légales : 50 km/h en agglomération, 90 km/h sur route, 110 km/h sur autoroute. Des radars fixes sont installés sur plusieurs axes, dont l’autoroute Tunis–Sfax et les entrées de villes. Les excès de vitesse entraînent des amendes immédiates en cas de contrôle, avec immobilisation du véhicule possible au-delà de 30 km/h d’écart. Les contrôles de police sur route sont fréquents, surtout la nuit. Gardez le contrat de location et votre permis accessibles.
Stations-service, essence et réseau routier hors des grandes villes
Le réseau routier principal (autoroutes et routes nationales) est en bon état entre Tunis, Sousse, Sfax et les grandes villes du Sahel. Les routes secondaires vers l’intérieur du pays (vers Tozeur, Douz ou les zones montagneuses) sont praticables en véhicule standard, mais certaines pistes vers les oasis nécessitent un 4×4. Les stations-service (essences 91 et 95, gasoil) sont présentes toutes les 20 à 30 km sur les grands axes. Au-delà de Sfax vers le Sud, faites le plein dès que la jauge descend sous la moitié.
Stationnement et parking à Tunis, Hammamet et Djerba
Le stationnement dans le centre de Tunis est payant dans les zones bleues et géré par des gardiens informels (prévoir 0,50 à 1 DT/h). Des parkings couverts existent autour de l’avenue Bourguiba et du quartier du Lac. À Hammamet, le stationnement est libre dans la plupart des rues hors saison estivale. Sur Djerba, le réseau de routes secondaires et les parkings des sites touristiques (mosquée des Étrangers, musée du Patrimoine berbère) permettent de se garer sans difficulté.
Quel transport choisir selon votre itinéraire en Tunisie ?
Le choix dépend de deux choses : la zone que vous visitez et le nombre de destinations dans votre programme.
- Pour un séjour uniquement à Tunis et ses environs (Carthage, Sidi Bou Saïd, La Marsa) : les transports en commun suffisent. Le TGM couvre la côte nord, les taxis et VTC gèrent le reste. Pas besoin de voiture.
- Pour un itinéraire côtier entre Tunis, Hammamet, Nabeul et Sousse : les louages fonctionnent bien sur les axes principaux. Le train couvre Sousse–Monastir–Mahdia sans problème.
- Pour le Sud (Tozeur, les chotts, les ksour du Jérid, Douz, Matmata) : la voiture est indispensable. Aucune combinaison de louages et de bus ne permet de visiter ces sites à un rythme raisonnable.
- Pour un circuit sur 10 à 14 jours avec plusieurs régions : la location de voiture dès le premier jour est la formule la plus logique. Elle absorbe le coût des taxis et louages tout en laissant une liberté totale sur les horaires et les étapes.








